Pèlerin d’éternité sur une terre à aimer

Le sens du pélerinage

Frère Jean-Dominique Dubois, ofm

Le 28 Août 2018


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Tout homme est une histoire sacrée. Nous naissons d’un vouloir divin au creux de l’amour de nos parents. Notre âme et notre ADN uniques pointent vers notre origine, Dieu. La mort, quant à elle, dit notre destinée : Dieu qui nous fit naître. La vie est pour tout chrétien un pèlerinage d’éternité. « Nous allons de commencement en commencement par des commencements qui n’ont pas de fin » écrit saint Grégoire de Nysse.

L’athée lui-même ne s’interroge-t-il pas sur son origine et sa fin? Y-a-t-il un athéisme sans inquiétude sur les questions fondamentales? Lors des épreuves surgissent souvent les interrogations qui poussent à la marche vers des lieux symboliques où des réalités qui font signe vers une autre réalité, mystérieuse, sont susceptibles de donner du sens. La montagne, le rocher, la source, la lumière sont symbole de plus grand que soi,  traces peut-être d’une mystérieuse signature.

L’homme est fondamentalement pèlerin. De tout temps il sort de son quotidien, de sa routine ou de ce qui l’éprouve trop pour marcher vers un ailleurs. Un au-delà qu’il ne connaît pas mais qu’il soupçonne. Prêt à la surprise qui ouvrira des horizons, du moins il l’espère, à son existence passagère.

Pour la foi judéo-chrétienne tout commence par un appel lié à une promesse. Dieu dit à Abraham, alors adorateur de la lune et nomade de Mésopotamie: «  Quitte ton pays, ta parenté ... va vers le pays que je te montrerai. ... Ta descendance ! Telle les étoiles du ciel. » Gn 12, 1 ; 15, 5 Espérant contre toute espérance, Abraham entreprit le pèlerinage primitif d’où naîtront les trois grandes religions monothéistes...

Le peuple d’Israël,  pèlerin des terres de l’Orient à celles de Canaan, est né de cet appel à quitter sa terre mère. L’Exil à Babylone lui rappellera douloureusement sa condition voyageuse trop vite négligée par la sédentarisation. À l’automne désormais, tout juif croyant célèbre la fête des Tentes. Il se souvient que les pères étaient pèlerins. Le peuple demeure itinérant pour un Alliance éternelle avec Dieu. La terre bénie des ancêtres n’en est qu’un symbole. Et Jésus de prêcher le Royaume sans la dimension politique. Gérer les biens de cette terre est certes tâche impérative. Jésus invite seulement au désencombrement pour une cité non faite de main d’homme, la demeure du Père. Pour cela quitter et se quitter sans cesse afin de se trouver en cette place unique offerte par le Père qui nous désire de toute éternité.

Le Seigneur dit au jeune commerçant d’Assise, futur saint François : « Retourne au pays qui t’a vu naître. » Aussitôt le fils de Pierre Bernardone quitte sa course aux honneurs pour un pèlerinage autant géographique qu’existentiel à la source de sa vie, le Dieu Vivant de son baptême. François se fait pèlerin, ermite, itinérant, prédicant. Il suscitera des milliers de pèlerins, fussent-t-ils rois ou artisans.

 

Rome, Jérusalem, Ephèse, Saint Jacques de Compostelle, Assise, Fatima, les hauts lieux ne manquent pas. À travers l’histoire de l’Église et des hommes, ils redisent notre condition de pèlerin. Invitation au voyage intérieur qui, à travers le voyage extérieur, offre de découvrir sa vraie place sur cette terre et le sens de la marche quotidienne. Le dépaysement, la visite de lieux phares, la rencontre avec d’autres cultures, la méditation des paroles de la Bible et des penseurs chrétiens, leurs dialogues avec d’autres philosophies et d’autres religions, le repos et la prière sont autant d’éléments qui tissent le voyage. Me voici renvoyé à ce voyage unique que personne ne fera à ma place, mon pèlerinage de terrien vers l’éternité.

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Jérusalem, ville trois fois sainte...


© Fr. Jean-Dominique 2017