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Thérèse Bénédicte de la Croix

Elle a veillée dans le mystère de la Croix, Thérèse-Bénédicte.

 

Homélie pour la fête de Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix        9 Août 2017
Père Jean-Dominique DUBOIS, ofm

 

« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure... »  La parabole des vierges sages et des vierges folles est un appel au réalisme dans nos vies, un appel à la prise de conscience radicale qui convienne, un appel à vivre en vérité le fait que chacune de nos vies se résume en son acte ultime : la mort.

Nous sommes nés pour la mort. Or nous vivons comme si nous n’allions pas mourir. Notre société occidentale a engendré depuis deux siècles une culture de mort. Paradoxalement elle évacue cependant la mort, en la provoquant dans le sein maternel ou dans les cliniques très propres de l’euthanasie, loin des proches du futur défunt, lequel a décidé de mourir dans une soi-disante dignité.

Un événement sans précédent eut lieu au 19°siècle en Occident. Pour la première fois de l’histoire de toutes les grandes civilisations de la planète l’homme a pensé la mort de Dieu. Follement épris de la puissance de sa raison raisonnante, passionné de trouver le sens de toute chose et d’en maîtriser la conduite le philosophe du 19° siècle, héritier des Lumières, a définitivement évincé Dieu du champ de la connaissance humaine pour autoproclamer l’homme, doué de raison, maître de l’univers par les seules vertus de la science et de la technique. « Dieu est mort, il faudra en inventer un autre » criera le philosophe Nietzsche dans un cri de désespoir plus que dans un cri de victoire. Si Dieu est mort, l’homme est mort, car désormais l’homme n’a plus de fondement.

Héritier du 19° siècle, notre monde contemporain vit sans Dieu. L’Europe est dans l’apostasie totale de ses racines judéo-chrétiennes. La mort est partout, jusque dans le noir de nos vêtements à la mode. La violence est là aussi, celle de la pensée unique pouvant être plus redoutable que celle des fusils du nazisme et du communisme.

La mort de Dieu, proclamée en ce siècle qui vit naître Edith Stein, a pour conséquence deux guerres mondiales, les goulags et la violence très soft de notre monde repu qui massacre la famille, l’enfant et le vieillard sur l’autel du plaisir, des sentiments du moment ou de la seule liberté de faire ce que l’on veut, quand on veut, comme on veut. Comme disent les jeunes, on s’éclate. L’homme du 21° siècle contemporain est un homme éclaté, qui vit sans repères et sans itinéraires.... Alors pourquoi dans ce contexte ne pas choisir le djihad, se faire éclater en éclatant les autres puisque là au moins on nous promet un paradis.

 

Vous pourrez penser mes propos trop durs et manquant de la sacro sainte tolérance. Pour avoir cherché les réponses à un athéisme contemporain qui a fait plus de victimes que toutes des guerres de religion saint Jean-Paul II a proclamé Edith Stein co-patronne de l’Europe afin que nous comprenions la gravité des conséquences de ce siècle de la mort de Dieu qui les vit naître tous les deux. Il nous faut puiser dans la vie de Thérèse-Bénédicte les chemins qui nous conduiront aujourd’hui à la vie véritable.

 

Edith est née juive le 12 Octobre 1891 à Breslau en Prusse. Très tôt elle délaisse sa foi juive pour s’adonner quelque temps plus tard à la psychologie et à la philosophie sous l’égide du grand professeur Edmund Husserl, dont elle deviendra l’assistante. Lui aussi est juif, mais de nationalité autrichienne.

Le propre de la philosophie est de chercher qui est l’homme, d’où il vient et où il va. Dans ce dix neuvième siècle finissant Husserl cherche non plus seulement dans la raison pure mais dans les phénomènes de la conscience et de la psychologie comment l’homme peut connaître son destin et son identité, comment il peut penser son rapport au monde et à ses semblables.

Mystérieusement par cette recherche de qui est l’homme, Edith Stein s’ouvre à nouveau à la transcendance. C’est la mort du mari d’une amie qui la bouleverse. La mort, toujours la mort qui vous rattrape quand vous vous y attendez le moins.... Juive, Edith le demeure malgré tout. Sa vive intelligence et sa connaissance de la philosophie du temps lui donne de percevoir mieux que quiconque le terrible orage qui va s’abattre sur l’Europe en commençant par son peuple. Dieu est mort, l’homme est devenu fou. Tout est possible pour fabriquer l’homme contre l’homme.

Une femme qui prie seule dans une église ainsi que la lecture fortuite de la vie de la grande sainte qu’est Thérèse d’Avila vont bouleversée la jeune philosophe juive. Tout d’un coup surgit, dans la vie de cette intellectuelle, l’absolu de Dieu. Sous le double visage de ces deux orantes, contre toutes les évidences philosophico-scientifiques de son temps, surgit pour Edith Stein, la juive, le mystère de la croix de Jésus Christ. Elle s’apprête à rejoindre un autre grand penseur juif de son temps lequel, face au silence de Dieu à Auschwitz, criera en réponse à la question de savoir où est Dieu : Il est là, dira-t-il en montrant un jeune homme pendu dans le camp par quelques bourreaux nazis. Dieu est au bout de la corde de tous les pendus de l’histoire des cruautés humaines.

Le voici l’homme-Dieu, Jésus Christ, qui a assumé la mort de l’homme pour en briser l’absurdité, le voici qui illumine la vie de cette juive philosophe éclairant tout à la fois sa foi juive, héritée de ses pères, comme sa belle intelligence formée à l’école de son maître Husserl.

 

Devenue chrétienne Edith Stein entrera en religion au Carmel de Cologne avant de partir dans celui de Echt en Hollande pour fuir la persécution nazie. Rattrapée par l’ennemi elle mourra le 9 Août 1942 dans les chambres à gaz d’un terrible camp de la mort, victime de la shoah et témoin du Christ.

Edith était devenu Sœur Thérèse, Bénédicte et de la Croix.

 

Thérèse du nom de « la plus grande sainte des temps modernes », la petite Thérèse de l’Enfant Jésus. La plus grande sainte car la jeune fille de Normandie annonce par sa foi absolue et son abandon radical à Dieu ce qu’il y aura de plus urgent à vivre désormais en ces siècles de la mort de Dieu : Dieu seul, adoré en esprit et vérité, cherché pour lui-même au delà de tous les dons merveilleux donnés à l’homme. Car l’homme sans Dieu est voué à la mort destructrice qui n’ouvre sur aucun paradis. La petite Thérèse depuis son ciel fait un tabac chez les jeunes et les moins jeunes générations de notre époque. Allez expliquer cela aux philosophes de la mort de Dieu et à tous les Michel Onfray de notre époque qui font foi d’athéisme comme de la pointe la plus avancée du progrès humain.

Bénédicte, du nom de Benoît, le père des moines d’Occident, dont un autre Benoît, le Pape Joseph Ratzinger a proclamé en 2008 qu’il était avec tous ses frères le père de l’Europe. En quoi ? De quelle manière ? En cherchant inlassablement dans la Parole de Dieu le sens de la vie et du cosmos, le sens de la vocation sublime de l’homme. Assumant l’héritage des grecs et des romains les moines bénédictins ont donné à l’Europe des fondements solides sans lesquels nos démocraties actuelles ne seraient rien. A scier la branche sur laquelle nous sommes assis ne nous étonnons pas que les indicateurs de notre Europe soient au rouge.

De la Croix... Tout ce que les pauvres hommes que nous sommes nous ne voulons pas assumer. Les limites de toute vie humaine dont la mort est la limite la plus radicale autant que définitive. Et pourtant Jésus nous dit que si nous ne savons ni le jour ni l’heure, ce n’est pas pour nous faire peur et nous piéger. Mais pour nous rappeler que la vie sur cette terre est un chemin de fiançailles où l’homme est appelé en partenariat avec Dieu à garder et cultiver la terre comme les prémices d’un autre jardin dont la beauté nous émerveillera pour l’éternité. S’il y a surprise dans la venue de la mort c’est la surprise de l’amour. A ne pas vouloir se laisser surprendre dans la vie, on n’aime pas et on ne se laisse point aimer.

 

Edith Stein s’est laissée conduire à son cœur profond pour rencontrer son Dieu, celui de ses pères dans la foi d’Israël et celui de Jésus Christ. Elle s’est laissée épouser. Sœur Thérèse–Bénédicte a voulue continuer de chercher la vérité de l’homme dans la Parole de Dieu, et non plus seulement dans la philosophie, pour acquérir la sagesse qui mène aux épousailles éternelles. Non sans comprendre qu’elle devait pour cela épouser comme son Seigneur le sort de son peuple et de toute l’humanité laissant à Dieu la surprise du moment de sa mort quelles qu’en soient les modalités. Puisque Jésus son Seigneur s’est rendu maître de la mort, toute mort désormais vécue en lui devient la naissance au ciel de ce pour quoi on a vécu sur la terre.

 

Sainte Thérèse Bénédicte de la Croix, donnez à notre Europe le goût de Dieu dans la prière et le silence du cœur. Obtenez lui de revenir à ses fondements nés de la Parole de Dieu qui l’ont établi et fait missionnaires de Jésus pour tous les peuples. Sainte Thérèse Bénédicte, obtenez à notre Europe de comprendre que le mystère de la croix est le mystère de la vie par excellence. Ainsi que depuis toujours le Dieu d’Abraham, celui de vos pères et celui de Jésus Christ, le proclame, Dieu venu parmi nous en humble enfant pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance. Jn 10,10

 

 Ô Seigneur Dieu donne moi  tout ce qui peut me conduire à Toi.

Ô Seigneur Dieu éloigne de moi tout ce qui peut me détourner de Toi.

Ô Seigneur Dieu, fais aussi que je ne sois plus mienne, mais que je sois entièrement tienne. Ste Thérèse-Bénédicte

© Fr. Jean-Dominique 2017