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"Voici l’agneau de Dieu…"

Homélie pour le 2° Dimanche du Temps Ordinaire (B)               

Abbaye Notre-Dame de Tournay. Le 14 Janvier 2018

Père Jean-Dominique DUBOIS, ofm 


« Voici l’Agneau de Dieu. » Une parole, un regard échangé, les deux disciples du Baptiste suivent Jésus. Tout fils d’Israël est agneau du Seigneur. Pourquoi donc suivre celui-là, cet agneau là ?

Les cœurs sont prêts. Au désert, sous la houlette de Jean, les croyants se préparent à l’événement. Nul ne sait le jour et l’heure. Tous ignorent comment Dieu va se manifester. Mais deux mille ans de cheminement dans la foi, deux mille ans de rumination de la Torah ont préparé les cœurs. L’ultime parole du plus grand des prophètes retentit au désert du Jourdain plus forte encore que toutes les antiques paroles des patriarches et des prophètes. Tel un immense point d’orgue musical à la symphonie du salut d’Israël, la parole du Baptiste ramène le peuple au désert pour lui faire entendre l’appel-source à garder le cœur tourné vers Dieu. Par delà les guerres, les maladies, les épreuves et les trahisons, les joies de la Terre promise trouvée, perdue et retrouvée, Israël sait que Dieu parle au cœur, au secret du désert...

C’est précisément au désert que crie la voix du prophète. Au désert, préparez les chemins du Seigneur.... Voici venue l’heure de Dieu, la dernière, prêche le Baptiste. La cognée est au pied de l’arbre, prête à porter le coup final du jugement.... Tout le peuple a foi dans le Baptiste. Sa parole ne peut être que celle du Seigneur Sabaoth...

« Voici l’agneau de Dieu » La parole claque aux cœurs des disciples comme l’appel antique à traverser les solitudes de nos histoires, comme un appel à se lever, à partir pour suivre une fois de plus la nuée lumineuse, mystérieuse lumière qui cache autant qu’elle dévoile. Ainsi autrefois les pères ont suivi Moïse, témoin du Buisson Ardent. Parole qui n’est point discours mais événement au cœur des agneaux d’Israël. Ils connaissent leur Dieu, lequel, dans tous les dépouillements, s’est toujours dévoilé à ses enfants nourriture du cœur, manne et eau comparables à nulle autre nourriture.

Depuis longtemps Israël sait que Dieu n’est ni dans l’orage, ni dans la tempête, ni dans la guerre mais dans la voix d’un souffle qui s’éteint. Dieu est pasteur qui conduit ses agneaux avec miséricorde et tendresse.

Au regard du Baptiste sur Jésus répond le regard de Jésus sur les disciples. Israël se sait regardé avec amour par son Dieu. Son nom Israël, fort comme Dieu, correspond au nom de Dieu, Yahvé... « Je suis Celui qui suis. » Dieu fort qui sortit Israël de l’esclavage. Dieu qui marche avec son peuple au secret de l’histoire pour appeler Israël par son nom....

L’agneau de Dieu

Extrait de la fresque de Noël 

peinte par Françoise BURTZ

La main du Père F.BURTZ

« Maître, où demeures-tu ? – Venez et voyez. »

Agneau de Dieu, Jésus l’est et le sera plus encore, à un point tel que les disciples ne peuvent l’imaginer. Jésus revêtira les vêtements du serviteur souffrant, de Job sur son fumier. Jésus sera Israël–Job pour dire à son peuple que lui, l’Agneau de Dieu véritable, est unique comme son peuple est unique.

« Voici l’Agneau de Dieu. » La parole de Jean retentit au cœur des disciples. Elle ne va pas cesser de retentir pour donner tout son sens, telles les cloches qui résonnent portant au loin du pays et de la mémoire des hommes le son éclatant de leur note unique.

Les disciples vont demeurer dans le regard et dans la parole du Maître sur les routes de Galilée, l’écouter longuement au temple de Jérusalem et jusqu’au Golgotha dans le silence de la mort. « Voici l’agneau de Dieu » Sous leurs yeux et dans leur cœur la Parole va tellement prendre chair et os en leur maître pour être l’Agneau du Sacrifice unique qu’à leur tour ils deviendront agneaux de Dieu, nouveau Temple du Seigneur, Temple de l’Esprit et Corps du Christ.

« Nous avons trouvé le Messie » dit André à son frère Pierre.  André ne sait pas à quel point il dit vrai, jusqu’où et comment Jésus sera Messie. L’Esprit qui a fait dire à Jean Baptiste que Jésus est l’Agneau de Dieu fait maintenant dire en résonnance à André qu’il est le Messie. Mais la Parole n’a pas encore révélée toute sa largeur, sa hauteur et sa profondeur. Cependant à leur réponse de disciple, le Messie, Jésus-Agneau de Dieu, porte déjà une confirmation puissante. « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » - ce qui veut dire Pierre...

La réponse des disciples à la parole de Jean et leur suite de Jésus sont déjà solides. Leur démarche est déjà bâtie sur le roc de la foi. Ils voient juste. Ils sont Pierre, même si seul le premier des apôtres porte ce nom.

L’Eglise est roc inébranlable. Elle est solide parce qu’elle reste dans le regard de Jésus, parce qu’elle demeure dans cet échange de foi où la parole met les cœurs en marche vers le Messie, et où Jésus l’Agneau de Dieu parle au cœur de ses disciples pour les établir dans la foi en Lui.

« Venez et voyez.... »

Agneau de Dieu, Jésus le sera de manière si unique que le scandale de son sacrifice fera vaciller Pierre et les autres en même temps qu’il les rendra plus solides que jamais par le sang versé de la miséricorde. A leur tour, parce que, malgré leur lâcheté, ils demeureront dans la demeure et le regard du Maître, ils seront agneaux de Dieu pour le monde afin que toutes les nations croient au seul  nom de Jésus.

L’Église ne perd-t-elle pas son dynamisme et sa ferveur, quelque chose de sa véritable identité et de son élan missionnaire, quand elle ne demeure plus dans la rencontre unique avec Celui qui est l’Agneau de Dieu ?

En ce dimanche qui ouvre le temps dit ordinaire, lequel devrait plutôt être appelé temps de l’Église ou temps de l’Esprit, Jésus nous invite à demeurer toujours avec lui. Urgence du silence de l’écoute de la Parole, de la permanence dans l’offrande pour ressembler au Maître jusqu’au martyre. Là réside  sans doute le secret de tous les printemps de l’Église.

© Fr. Jean-Dominique 2017